2017, l’année de tous les records

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Publié le 22 décembre 2017

L’exubérance financière n’est pas encore irrationnelle. Il manque la phase ultime d’excès d’optimisme.

On retiendra de l’année 2017 le tableau de Léonard de Vinci « Salvator Mundi », adjugé pour la somme record de USD 450.3m, soit 4.5x le montant estimé par Christie’s. Le précédent record pour un tableau datait de 2015. Le montant était alors de USD 179.4m (« Les Femmes d’Alger », de Pablo Picasso). Peu de temps avant, l’attaquant brésilien Neymar a été l’objet du plus coûteux transfert de l’histoire entre le FC Barcelone et le PSG pour EUR 222m. C’est le double de Paul Pogba, dont la transaction en 2016 entre la Juventus Turin et Manchester United s’était élevée à EUR 105m. Que penser alors de l’envolée du Bitcoin, en hausse de près de 1900% en 2017. Avec une valeur multipliée par près de 1385x depuis 2013, la bulle du Bitcoin dépasse la « Tulip mania » de 1634-1637, qui était la référence ultime en matière de bulle irrationnelle.

S&P500 TR depuis le début de l’année (100 = janvier 2017)

S&P500 TR depuis le début de l'anéée

Banque Pâris Bertrand Sturdza SA

Dix ans après le déclenchement de la « Grande Crise Financière », la sphère financière présente quelques signes d’excès mais, si exubérance il y a, elle demeure rationnelle. L’inflation des bilans des banques centrales de moins de 10% en 2007 à 37.4% du PIB aujourd’hui a réussi à se transmettre aux actifs financiers. La capitalisation boursière mondiale approche le seuil symbolique de USD 80 trillions, soit 105% du PIB mondial. C’est 20 trillions de plus que le niveau de 2007. Aux Etats-Unis, la valeur du marché Actions s’approche de USD 30 trillions contre un pic de USD 19 trillions en 2007 et un point bas de 8 trillions en 2009. Si on ajoute la valeur des actions non cotées, cela représente 132% du PIB. C’est l’indicateur favori de Warren Buffet, qui est en zone d’excès depuis au moins trois ans. D’ailleurs, le cours du titre Berkshire Hathaway classe-A a atteint le chiffre symbolique de USD 300,000 en fin d’année, un record historique évidemment.

En supposant une poursuite du rythme d’appréciation des Actions et du PIB, le pic de 151% du PIB enregistré en 2000 sera dépassé fin 2018. Enfin, si on compare le parcours des Actions par rapport aux Obligations, nous observons 7 années consécutives de surperformance. Une telle séquence fut observée la dernière fois en 1928.

Nombre de variations journalières à ±1% sur le S&P 500 depuis 1950

Nombre de variations journalières sur le S&P500 depuis 1950

Banque Pâris Bertrand Sturdza SA

Il y a un an, les stratégistes de Wall Street affichaient des attentes très conservatrices pour 2017, de seulement +5% pour le S&P500. Ce chiffre a été atteint dès le mois de février. La performance effective sur l’année dépasse 21% au 18 décembre. Les Actions américaines (et mondiales) sont sur le point de réaliser 14 mois consécutifs de hausse dans un contexte de volatilité historiquement basse. Ainsi, 2017 a enregistré seulement 8 séances avec une variation du S&P500 de +/- 1%, ce qui est le nombre le plus faible depuis 1965. Les trois grands indices Dow Jones, S&P500 et Nasdaq 100 ont dépassé simultanément leurs plus hauts historiques à 31 reprises cette année. La solidité de cette appréciation s’explique par la continuité de l’action des banques centrales qui se juxtapose désormais avec une reprise fondamentale (croissance de l’économie mondiale synchronisée et bénéfices des entreprises en redressement) et une intensification du regain d’appétit pour le risque de la part des investisseurs. Par ailleurs, le secteur de la technologie a participé significativement à l’appréciation des indices, contribuant à hauteur de 40%. Ainsi, l’indice Nasdaq a battu à 80 reprises ses plus hauts en 2017, soit 32% du temps.

Le marché de la dette a également enregistré quelques records. Le marché global de la dette a dépassé le seuil de USD 230 trillions, soit près de 325% du PIB mondial. Les entreprises américaines ont émis un montant record de dette de USD 1.8 trillion. Le stock de dette des entreprises non-financières totalise USD 8.7 trillions, soit 45.2% du PIB, un taux d’endettement record. Le rendement du High Yield européen est passé sous le niveau des taux des emprunts d’Etat aux Etats-Unis et du rendement du dividende du Stoxx600.

Au même moment, le taux à 2 ans US repasse au-dessus du rendement du dividende du S&P500 pour la première fois depuis une décennie. Le rendement de la dette publique grecque à 10 ans passe en dessous de 4% en décembre, contre un taux proche de 19% au pire de la crise. Le Portugal emprunte désormais à 5 ans au taux de 0.4%. Enfin, l’Argentine a émis de la dette à 100 ans pour USD 16Md. Rappelons que le pays a fait défaut à 8 reprises au cours des deux derniers siècles.

Sur le plan économique, le fait marquant de cette année est la résorption des excès de capacité dans les pays de l’OCDE hérités de la crise financière. Cela préannonce le retour inévitable de l’inflation. Aux Etats-Unis, l’optimisme des PME atteint le niveau le plus élevé depuis 1984 lorsque Ronald Reagan proclamait « It’s morning again in America ». Dans la zone euro, l’indice PMI des directeurs d’achats dans le secteur manufacturier est à un plus haut depuis 20 ans, date du lancement de l’enquête.

Cette liste de records non exhaustive reflète le caractère exceptionnel de l’année 2017. La progression des marchés Actions sans volatilité dans un contexte de croissance sans inflation et de liquidité banque centrale additionnelle est probablement une configuration unique dans la vie d’un investisseur. 2018 saura nous le rappeler tôt ou tard. Le marché haussier qui a démarré en mars 2009 est le second depuis la seconde guerre mondiale par sa durée et son amplitude. Il est aussi perçu comme le plus pitoyable et le plus détesté car les investisseurs ont finalement peu participé à ce cycle exceptionnel post-crise. Cette frustration laisse sans doute encore un peu d’espace pour les retardataires.

Emmanuel Ferry
Directeur des Investissements
emmanuel.ferry@bkpbs.com