La promesse de l’aube

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Publié le 12 février 2018

La France annonce son retour sur la scène internationale et sur le plan économique. Que faut-il penser de la promesse d’Emmanuel Macron ?
 

Le retour de la croissance de l’économie française en 2017 à 1.9% accompagne un point d’inflexion plus général de la France. France is back a martelé le président Emmanuel Macron lors du World Economic Forum de Davos. Au-delà de ce redressement cyclique, qui n’est rien d’autre qu’un rattrapage tardif dans un contexte de reprise globale et synchronisée, c’est un signal fort pour la confiance. Le précédent quinquennat de François Hollande s’était caractérisé par une accélération du déclassement de la France, tant économique que financier, social et politique. Le naufrage était tel que le pays était prêt à basculer dans la tentation populiste, scénario écarté grâce à la solidité des institutions de la 5ème République. La confiance des ménages se redresse tendanciellement, pour atteindre son plus haut niveau depuis septembre 2003. Les sondages indiquent une cote de popularité satisfaisante pour Emmanuel Macron après 8 mois de présidence. Derrière les 52% d’opinions favorables, ce sont surtout dans les domaines régaliens que la satisfaction est la plus forte : l’Europe et l’international, la sécurité puis l’éducation. Les questions économiques et sociales arrivent loin derrière. La restauration politique et psychologique est ainsi le premier succès de la présidence actuelle.
 
Ce socle de confiance est un préalable au succès des réformes. Le premier bilan en la matière n’est pas négligeable : révision du code du travail (négociation et représentativité dans l’entreprise, sécurisation des licenciements), réforme fiscale (suppression de l’impôt sur la fortune, flat tax de 30% sur les revenus du capital, hausse de la CSG), réforme de l’éducation, loi antiterroriste. Jamais autant de sujets sensibles n’auront été abordés sans crispation sociale. Les autres thèmes en cours de préparation s’inscrivent dans cette continuité : apprentissage, formation professionnelle, assurance-chômage, régimes de retraite, baisse du taux d’imposition des entreprises (à 25% en 2022 contre 33.3% actuellement). Les axes de modernisation de l’économie française visent précisément les points faibles qui font mal. D’une part, l’installation d’un chômage structurel estimé à 9% de la population active, qui condamne au chômage de masse une grande partie de la société même en cas de croissance plus forte. D’autre part, la pression fiscale excessive sur les entreprises et le déficit de compétitivité de l’appareil productif. Le mal économique français repose sur une faible capacité de l’offre à répondre à la demande. Cela pénalise le potentiel de croissance à long terme. Les raisons sont clairement identifiées : le capital productif est faible en gamme et en qualité, l’appareil productif industriel est devenu quasi inexistant, le taux d’emploi des plus de 55 ans est trop bas et la main d’œuvre a un problème de compétence, notamment chez les jeunes sans diplôme.
 
Il faut relativiser la performance conjoncturelle de 2017. Sur les dix dernières années la croissance est de 0.9%, ce qui est proche du potentiel de croissance. Au-delà, des tensions apparaissent notamment au niveau des salaires. Cela risque donc d’amputer le cycle de reprise, d’autant que la hausse de l’euro impactera plus fortement la France que le reste de la zone euro (forte élasticité-prix des exportations due au faible contenu qualitatif des exportations). Enfin, la remontée inévitable des taux d’intérêt va avoir des répercussions importantes compte tenu du stock de dette important et en forte augmentation depuis 2007 : endettement public à 97% du PIB (+33 points par rapport à 2007), endettement des entreprises à 76% du PIB (+21 points), endettement des ménages à 72% du PIB (+18 points). A l’inverse du secteur privé, la solvabilité du secteur public n’est toujours pas assurée, malgré la faiblesse actuelle des taux d’intérêt. Le déficit public structurel est toujours élevé (-2.2% du PIB), et il a peu de chance de revenir à l’équilibre sans véritable stratégie de réduction du poids des dépenses publiques (56% en 2017).
 
Le thème du déclin de la France n’est pas nouveau. On en parlait déjà à la fin de la dynastie des Valois au 16ème siècle. La France est sans doute victime de sa rente géographique naturelle : un hexagone au cœur de l’Europe, doté du premier domaine maritime du monde. La France a récemment quitté l’état d’urgence économique mais les problèmes structurels demeurent. La France veut retrouver son rang sur la scène internationale et l’ambition d’être une start-up nation veut pouvoir offrir de nouvelles perspectives à chacun. L’espoir renait, ce qui est déjà une victoire. Mais on ne pourra s’empêcher de penser à Romain Gary, pour qui « avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais ».
 
Emmanuel Ferry

Directeur des Investissements

emmanuel.ferry@bkpbs.com