Le marché haussier n’est pas terminé

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Publié le 15 novembre 2017

Avoir raison trop tôt est toujours une mauvaise décision de gestion. Les marchés financiers sont chers mais cela ne suffit pas pour désinvestir. Les banques centrales nous disent clairement qu’il faut conserver un positionnent pro-croissance.

En 2017, le principal risque pour les investisseurs aura été de ne pas prendre assez de risque. Les Actions mondiales ont connu une séquences inédite de 12 mois consécutifs de hausse, un rendement annuel de 25%, une perte maximale de 1.9% et un ratio de Sharpe de 3. Cet écrasement du risque reflète la continuité de l’action des banques centrales qui se juxtapose désormais avec une reprise économique mondiale et un regain d’appétit pour le risque de la part des investisseurs.

 

Valorisation composite du S&P500
(déviation par rapport à la médiane historique)

 Valorisation composite du S&P500 chart

Banque Pâris Bertrand Sturdza SA

 

Si on se fie à l’adage boursier selon lequel « les marchés haussiers ne meurent pas de vieillesse mais d’excès », le cycle actuel peut encore se poursuivre. Certes, le cycle que nous vivons est long et mature : depuis mars 2009, c’est le deuxième marché haussier le plus long de l’après-guerre, avec une appréciation cumulée de 350% pour le S&P500, soit 19% annualisé. Ce processus de revalorisation endogène et auto-entretenu repose sur la faiblesse des taux d’intérêt, bien inférieurs au taux de croissance nominale de l’économie, une liquidité abondante, une compression des spreads de crédit et une amélioration fondamentale (profits et croissance économique). Certes, il y a des signes d’excès : toutes les classes d’actifs sont chères simultanément et ce pour la première fois dans l’histoire financière (Actions, Taux, Crédit et le Cash). Les Actions US affichent une surévaluation de 32% sur une base historique et le taux d’endettement net des entreprises a dépassé son précédent pic de 2000. La richesse nette des ménages américains rapportée au revenu disponible est à un plus haut historique.

 

Mesures de valorisation du S&P500

valo S&P 500

Banque Pâris Bertrand Sturdza SA

 

Le cycle financier se caractérise donc par des valorisations de haut de cycle, associées à des rendements futurs plus faibles et plus risqués. Par exemple, à horizon deux ans, il y a 50% de chance d’avoir des rendements négatifs, 30% de chance de connaitre des pertes extrêmes (supérieures à 30%). Pourtant, le désinvestissement n’est pas encore une option pertinente. Le timing du marché est sinon impossible, du moins improductif. Se désinvestir quelques mois avant le pic du marché coûte plus cher (coût d’opportunité) que les premières pertes subies sur les premiers mois de baisse. D’autre part, sur le plan fondamental, les déclencheurs ne sont pas là : récession, resserrement monétaire brutal, choc inflationniste ou inversion de la courbe des taux. La « bulle des banques centrales » peut donc durer plus longtemps qu’on ne le pense.

 

Le cycle économique et financier est incomplet. Il manque une normalisation économique notamment de l’inflation. Il manque aussi la phase d’excès d’optimisme, sachant que les investisseurs ont relativement peu participé à la hausse des marchés jusqu’à maintenant. Au total, envisager un ajustement durable des valorisations dans un avenir proche paraît prématuré. La priorité pour l’investisseur est plutôt de s’interroger sur la robustesse de sa stratégie d’investissement dans un contexte de normalisation de fin de cycle et de retour probable de la volatilité en 2018.

 

Emmanuel Ferry
Directeur des Investissements

emmanuel.ferry@bkpbs.com