Remettre de l’or dans les portefeuilles

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Publié le 14 juin 2018

L’or est à la fois la protection ultime et la meilleure source de diversification

Warren Buffet a toujours été très sceptique sur l’or comme investissement. « L’or est extrait d’un trou en Afrique ou ailleurs. Ensuite, on le fond, on creuse un autre trou, on l’enterre à nouveau et on paie des gens pour le garder. Il n’a aucune utilité. Quelqu’un qui nous regarderait de la planète Mars resterait perplexe ». C’est l’absence de revenu lié à la détention de l’or qui alimente ce scepticisme. En effet, sur le très long terme, le rendement annualisé de l’or est médiocre : depuis 1900, il ne dépasse pas celui des liquidités (+3.5%), contre +9.5% pour les Actions, +5.7% pour les Obligations d’entreprises et +4.8% pour les Obligations d’Etat. Si on remonte à 1800, le rendement de l’or corrigé de l’inflation est nul contre +6.7% pour les Actions et +3.3% pour les Obligations. En revanche, la situation diffère depuis l’effondrement du système monétaire de Bretton Woods – mis en place le 22 juillet 1944 – avec l’abandon de la libre convertibilité du dollar en or le 15 août 1971. Sur la décennie 70, période dominée par le retour de l’inflation (débasement du dollar sous Nixon, chocs pétroliers, hausse structurelle du chômage, dérapage des dépenses publiques), l’or est la seule classe d’actifs à afficher une performance positive après inflation (+23% contre -1% pour les liquidités, -1.5% pour les Actions et -1.2% pour les Obligations d’Etat).

Près de 50 ans plus tard, l’opportunité d’avoir de l’or dans un portefeuille n’a jamais été aussi forte. Les banques centrales vont progressivement déboucler une décennie de stimulation monétaire massive, hors normes, non orthodoxe, globale et coordonnée. Dans ce contexte chargé d’incertitudes macro-financières (inflation, solvabilité des Etats, crédibilité des banques centrales, pérennité du système monétaire international dans sa forme actuelle), investir dans l’or semble être une option attractive pour les investisseurs à la recherche d’une protection face aux valorisations excessives des grandes classes d’actifs actions et obligations, face à l’érosion du patrimoine par l’inflation et à la dépréciation structurelle du dollar.

Nous identifions sept raisons pour intégrer l’or dans une allocation d’actifs diversifiée. 1. Sur le plan cyclique, le point d’entrée demeure excellent aujourd’hui après le marché baissier de plus de 45% entre 2011 et 2015. 2. L’or s’avère un bon choix d’investissement en cas de tensions géopolitiques et de guerre commerciale. 3. C’est un actif stratégique qui a des capacités diversifiantes dans un portefeuille, ce qui est moins le cas des obligations d’Etat compte tenu de l’extrême faiblesse des taux d’intérêt. 4. C’est actuellement l’actif le plus diversifiant face au risque actions. 5. C’est une bonne protection face à l’inflation, en particulier au-delà du seuil de 3%. Dans ce cas, la performance annualisée observée de l’or dépasse 8% depuis 1970. A l’opposé, l’or protège aussi contre la déflation. 6. Enfin, l’or est une monnaie dotée d’une valeur intrinsèque, à l’inverse des monnaies dites fiat, décrétées par un Etat. La Fed a par exemple inflaté son bilan à un rythme annuel de près de 30% entre 2008 et 2015, alors que l’offre disponible en or a progressé de moins de 2% par an au cours des vingt dernières années. 7. A long terme, l’allocation optimale de l’or dans une allocation d’actifs diversifiée va de 5 à 10% en situation économique normale.

Emmanuel Ferry

emmanuel.ferry@bkpbs.com

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